[ Célébrités ][ Économie&Sociétée ][ Équipement ][ Historique ] [Histoire ][ Sources ]

[ Toponymie ][ Voies &Communications ]

[ Accueil] [´Remonter]

Histoire

Situation administrative

Ancien Régime. – Subdélégation d’Ornans, maîtrise des Eaux et Forêts de Besançon.

Révolution. – District de Saint-Hipollyte, canton du Russey.

14ème – 20ème siècles. – Arrondissement de Saint-Hippolyte jusqu’en 1816, puis de Montbéliard, canton du Russey.

Situation judiciaire

Ancien Régime. – Présidial de Besançon, bailliage d’Ornans, justice seigneuriale de Vennes.

Notaires

Attestés depuis 1655 ( Guillaume Perrinot).

En 516, saint Sigismond, roi des Burgondes, fils de Gondelaud, donna à l’abbaye d’Augune Vennes et ses dépendances. Inféodée à Rodolphe 1er, roi de Bourgogne, en 933 puis à Albéric de Narbonne en 945, cette donation passa aux sires de Salins et releva dès lors de la seigneurie de Vennes qui était son apanage. Le peuplement du plateau du Russey se serait effectué sous les derniers rois bourguignons (880-1033). Lors de l’extinction de la maison de Salins en 1175, Vennes passa alors à Gérard, comte de Vienne, dont la petite-fille vendit les possessions à Hugues IV, comte de Bourgogne, en 1225. Celui-ci l’échangea avec Jean de Chalon (1237) qui s’en défit à son tour en 1245 au profit de son neveu Amédée III de Montfaucon. La seigneurie échut ensuite à Jean II de Montfaucon, fils de ce dernier, puis à Jeanne de Montfaucon (fille de Jean) qui l’apporta en dot à Louis, comte de Neuchâtel-sur-le-Lac (né le 2 mars 1305). La possession des villages du plateau du Russey déclencha des conflits apaisés par un arbitrage de l’archevêque de Besançon, Hugues de Vienne, le 3 mai 1338 : le prélat, réglant un différend entre Henri de Montbéliard et Louis de Neuchâtel, accorda à celui-ci " Plaimbois, Montbéliardant (Montbéliardot), Li Luyer ( Le Luhier), Li ( Le Russey et Meymont ( Mémont) ". Louis de Neuchâtel et Jeanne de Montfaucon eurent un fils Jean et deux filles, Isabelle et Varène. Jean de Neuchâtel succéda d’abord à son père avant de transmettre ces terres à sa sœur Isabelle qui mourut le 11 février 1396 sans enfants de son mariage avec le comte de Nidau. Par son testament du 27 juin 1394, elle léguait ses domaines, dont la seigneurie de Vennes, à son neveu, Conrad de Fribourg-en Brisgau (fils du comte Egon de Fribourg et de sa sœur Varène de Neuchâtel). Ce personnage épousa Marie de Vergy qui lui donna un fils Jean de Fribourg qui s’unit, en 1415, à Marie, fille de Jean de Chalon – Orange. Jean de Fribourg mourut le 9 février 1458. Rodolphe de Hochberg, marquis de Rothelin, son petit-neveu (fils de Guillaume de Hochberg, bailli du Sundgau, et d’Isabelle de Montfort), lui succéda. A sa mort, le 12 avril 1487, le nouveau seigneur de Vennes fut son fils, Philippe le Bon. De son mariage avec Marie, fille du comte Amédée de Savoie et de Yolande de France, il n’eut qu’une fille, Jeanne, qui apporta Vennes en dot à Louis d’Orléans, futur duc de Longueville (6 octobre 1504). Après l’occupation de Neuchâtel par les Suisses, Pierre de Cléron, seigneur de Belmont, châtelain de Vennes, se proclama seigneur du lieu. Peut-être en avait-il fait l’acquisition de Louis d’Orléans ? Mais, le 15 juillet 1513, l’empereur Maximilien, usant sans doute de son droit de retrait, donna la seigneurie de Vennes à son cousin Guillaume de Fürstemberg. Peu après, Vennes réintégra le domaine comtal lorsque ledit Guillaume s’en dessaisit le 25 septembre 1518 au profit de Marguerite d’Autriche. Elle releva dès lors de l’Espagne et Charles-Quint, neveu de Marguerite d’Autriche, l’incorpora au 10e cercle de l’Empire (cercle de Bourgogne) en 1548.

Philippe II en fit don, le 24 août 1556, à titre viager, à Ferdinand de Lannoy, duc de Boyanne. Grâce à sa première alliance, en 1550, avec Françoise-Isabelle, fille de Jean V de La Palud, comte de La Roche, et de Claudine de Rye, il avait reçu, outre le comté de La Roche-Saint-Hippolyte, la seigneurie de Châtelneuf-en-Vennes. Ainsi se trouvèrent réunies les terres de Vennes séparées depuis le 14ème siècle. Mais cette fusion des deux seigneuries fut éphémère car Ferdinand de Lannoy épousa en secondes noces, le 5 janvier 1560, Marguerite Perrenot de Granvelle, sœur du cardinal, veuve d’Antoine de L’Aubesquin, seigneur de l’Aigle. Cette dernière, après la mort de son mari (le 14 octobre 1579) obtint de garder Vennes (le 9 avril 1580) tandis que la seigneurie de Châtelneuf revint à Claudine Rye, veuve de Jean de La Palud.

A la mort de Marguerite Perrenot de Granville, en 1588, Vennes réintégra le domaine royal malgré les efforts déployés par la famille de Thoraise pour obtenir que l’engagère fût maintenue à son profit.

Le 17 septembre 1664, des patentes royales échangèrent les seigneuries de Vennes et de Faucogney contre la baronnie de Zenemberg que possédait Philippe, duc d’Arschot et d’Aremberg. Ce dernier offrit la terre de Vennes à son frère, Charles-Eugène, duc d’Aremberg (1671) et comme celui-ci avait épousé Marie-Henriette de Cusance et de Vergy, veuve de Ferdianand-François-Just de Rye, comte de la Roche, les seigneuries de Vennes et de Châtelneuf se trouvèrent à nouveau réunies. En 1703, Ferdinand-François de Rye, comte de Poitiers, acquit Vennes par fideicommis sur le prince d’Aremberg pour la somme de 80'000 livres. Puis cette seigneurie sera la dot apportée par Philippine de Poitiers à son époux, le maréchal de Lorges, duc de Randan, en juillet 1728. Elle demeura la propriété de la famille de Lorges jusqu’à la Révolution. Pendant les périodes où les seigneuries de Vennes et de Châtelneuf furent séparées, des conflits nés de limites féodales imprécises étaient inévitables. En1419, des habitants de Bonnétage ayant fait des récoltes au Luhier, dans la seigneurie de Vennes, Jean de Colombier et Jean de Vaumarcus menèrent une expédition punitive à laquelle participèrent plusieurs habitants du Russey : Jean Tournier, Guillaume Loye, Perrin et Monnot Loupvet. Ces hommes rangés sous la bannière du comte de Fribourg, détruisirent les blés en herbe de la paroisse de Bonnétage et poussèrent jusqu’au hameau des Fourgs où ils saccagèrent la maison d’Hugues Mottet et en incendièrent deux autres. Ils ramenèrent un riche butin au château de Vennes.

Quelques années plus tard, les écorcheurs, ramassis d’aventuriers et de soldats licenciés, semèrent l’effroi sur le plateau du Russey. On n’en vint à bout qu’en 1444. Afin de punir Philippe de Hochberg d’avoir soutenu Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, les Suisses livrèrent le Russey au pillage en 1476. Pour échapper à l’anéantissement, les habitants se placèrent alors sous la protection du sénat bernois. Le 16ème siècle vit le repeuplement de la bourgade qui n’abritait plus que 50 feux en 1517, mais en comptait à nouveau 130 en 1541 et 180 (pour 991 habitants9 en 1593. Cette expansion était due à l’essaimage de familles du Barboux et de Grand-Combe-des-Bois mais aussi à l'arrivée de réfugiés catholiques fuyant les cantons suisses soumis à la Réforme.

Mais le 17ème siècle cassa cet élan :les épidémies de peste de 1629 à 1638 et surtout les ravages de la guerre de Dix Ans se conjuguèrent pour frapper les habitants et tuer environ 40% d’entre eux. Après le séjour des Lorrains et le passage des troupes suédoises, des bandes de voleurs et d’assassins commencèrent à rançonner les fermes isolées. Une milice s’organisa en décembre 1641 et regroupa 138 Montagnons dont 37 hommes du Russey pour rétablir l’ordre public.

La Révolution de 1789 divisa les esprits. La première municipalité s’opposa aux idées nouvelles et lorsque, le 25 septembre 1791, les électeurs se réunirent à Saint-Hippolyte, sept d’entre eux se retirèrent lorsqu’il fallut désigner les curés. Parmi ces contestataires qui n’hésitèrent pas échanger des propos vigoureux avec les autorités du district se trouvait Fusier, le maire du Russey. Pendant l’été 1792, les habitants et la municipalité se plaignirent d’exactions perpétrées par le 2ème es bataillon des volontaires du Bas-Rhin. Le 27 août, Philippe-Joseph Monnot, prêtre, élu président de l’assemblée primaire du canton, écrivait au district pour se plaindre des commune "  fanatisées par les prêtres rebelles à la loi " et, en particulier, de Léonard Blanchard, vicaire en chef, âgé de 73 ans, qui, bien qu’ayant prêté le serment, n’hésitait pas à recommander à ses fidèles de " prier pour le Roi et la prospérité de ses armes ". Ce prêtre dut s’exiler en Suisse ( dans une ferme à Chaux-de-Fond) puis il rentra en France pour se constituer prisonnier. Enfermé pendant deux mois au séminaire, il en sortit le 18 février 1793 pour desservir constitutionnellement l’église de Cerneux-Monnot.

L’opposition était encore plus marquée dans les métairies et les hameaux, aussi tous leurs habitants furent-ils désarmés en octobre 1792. Les élections municipales qui suivirent donnèrent la majorité aux contre-révolutionnaires. Les jacobins du Russey demandèrent au département d’en casser les résultats, ce qui fut fait considérant "  qu’il était contraire aux lois et à l’intérêt public de donner sa confiance à des particuliers qui se refusaient à l’exécution des lois ou qui, par l’effet de ces mêmes lois, étaient déchus du droit de remplir des fonctions publiques ". Deux séminaristes, Sigismond Monnot et Léonard Gête, furent arrêtés en mai 1793 pour n’avoir " pas prêté le serment de liberté et égalité ".

 

Les entraves au catholicisme traditionnel cristallisèrent la révolte qui culmina lors de l’insurrection dite de la " Petite Vendée ". Début septembre 1793, deux mille hommes en armes se regroupèrent au hameau des Marchands. Le 6 septembre, près de 700 soldats ou jacobins venus de Morteau s’avancèrent vers Le Russey où d’autres unités devaient les rejoindre. Paniquée, la municipalité réquisitionna les douaniers et demanda au détachement du 7ème bataillon de la Drôme, cantonné au Barboux et à Grand-Combe-des-Bois, de se joindre à eux. Les officiers municipaux s’amalgamèrent aux troupes de la République, à l’exception du curé Jeanmonnot et de deux autres restés pour faire des cartouches et des balles. Plus de 2'000 soldats arrivèrent au Russey dans la nuit et une partie dut bivouaquer en plein air. Le lendemain, plus de 3'000 hommes étaient regroupés sur le plateau et sonnaient le glas de la rébellion. Les biens des condamnés, guillotinés à Maîche, servirent en partie à payer 13'756 livres dues à la commune du Russey qui avait fourni quantité de vivres aux patriotes. Un seul habitant (Pierre-Ignace-Alexis Boillon) passa en jugement le 21 octobre, mais plusieurs autres, tentés par la frontière suisse toute proche, émigrèrent : Claude-François Buliard, cordonnier ;Jean-Ignace et Desle-Joseph Etevenard, Claude-Ignace, Jean-Etienne, Marie-Généreuse, François-Xavier-Hubert et Anne-Cécile Filsjean, Marie-Thérèse Jeanmonnot, Pierre-François et François-Xavier Mougin, Jeanne-Sylvie Rod, Jeanne-Marie Richard (tous inscrit sur la 2ème liste d’émigrés du département). Quelques-uns les rejoignirent ultérieurement : Antoine-Modeste Boibessot et sa femme, Léonard et Jeanne-Françoise Boibessot, Claude-Jospeh Filsjean, maréchal-ferrant, Reine Doriot, servante François-Joseph Tochot, etc. Des parents d’émigrés furent incarcérés le 18 octobre 1793 : Desle Joseph Etevenard-Pierroutot, P.-Claude et Marie-Reine Prêtre, Jeanne-Antoine Parrenin, femme Renaud, tandis que des dizaines d’autres étaient reclus à domicile ou placés sous la surveillance de la municipalité, avec interdiction de quitter la commune.

Le clan républicain était aussi très puissant. Il était par l’abbé Alexis-Théophile Jeanmonnot, Antoine-François Vuillin, négociant et huissier, Pierre-Joseph Parent, médecin et maire, Charles-Joseph-Yves Renaud, cultivateur et négociant (élu administrateur du département en novembre 1792), Blaise-Félix Châtelain, cultivateur, administrateur du district, joseph-Célestin Richard, recteur d’école, greffier de la municipalité et de la justice de paix, Victor Emonin, négociant, chef de bataillon, assesseur du juge de paix et Adrien-Hyacinthe Renaud, négociant et cultivateur, lui aussi chef de bataillon et assesseur du juge de paix. La plupart de ces personnages adhérèrent au comité de salut public crée après l’arrêté du 25 septembre 1793. Cette société chargée de mettre le canton sous contrôle déploya une grande activité. Dénonçant en quelques semaines 328 personnes dont 87 se trouvèrent incarcérées au couvent de la Seigne de Morteau.

Pendant l’hiver 1793-1794, nombre d’émigrés de l’insurrection mirent à profit la glace épaisse qui couvrait le Doubs pour repasser clandestinement la rivière. Le 7 janvier, Charles Renaud, agent national du Russey, informa le district que des émigrés étaient rentrés la nuit précédente "  sur le sol de la liberté ". Il avait suivi leurs traces jusqu’aux Fontenelles où il espérait les arrêter avec l’aide de la garde nationale mais l’expédition se solda par un échec car des volontaires du 18ème bataillon du Doubs volèrent des denrées chez le maire et une veuve ce qui permit "  aux brigands émigrés de s’échapper " pendant le tumulte ainsi provoqué.

A la même époque et en corollaire du développement du culte de l’Etre Suprême, Vuillin, président de la Société Populaire Républicaine, adressa une circulaire à toutes les communes du canton. Il les invitait à déposer au Russey tous les vases en or et en argent de leurs églises afin de les offrir à la Convention Nationale. Des volontaires commirent des excès, entrant par exemple chez Claude-Joseph-Boniface Renaud pour y détruire à coups de sabre un calvaire accroché au mur par les enfants de la maison.

Lors de la reprise de Toulon, les patriotes organisèrent une grande fête avec la plantation d’un second arbre révolutionnaire portant l’inscription : "  Rejeton d’arbre de la Liberté fécondé par nos victoires ". Six sans-culottes en bonnet rouge ouvrirent le défilé précédés d’une oriflamme représentant l’œil de surveillance. Ils étaient suivis du bataillon d’espérance composé de jeunes de 12 à 17 ans, puis de l’instituteur et de ses élèves. Le bataillon de vétérans et les mères de famille fermaient le défilé, tandis que la garde nationale et les volontaires formaient une haie d’honneur. La foule criait : " Vive la République ! Vive la Montagne ! Malheur à Pitt et à ses adhérents (faisant ainsi allusion au premier ministre anglais qui dirigeait la lutte contre la France révolutionnaire depuis 1793 !) ".

Quelques mois plus tard, on ferma l’église. Le curé constitutionnel, dans un dernier discours, annonça son abandon de l’habit religieux et son retour au métier de cultivateur.

Mais toute cette intense activité révolutionnaire n’empêcha pas la destitution d’Antoine-Joseph Prêtre, président du canton, de Léonard Renaud, agent du Russey, et de Félix Builliard, son adjoint après le coup d’état du 18 fructidor.

La paix ne revint qu’après la signature du Concordat.

Le 19ème siècle fut marqué par plusieurs passages de troupes :

Le 31 décembre 1813, des hussards wurtembourgeois, allemands et piémontais arrivèrent au Russey et réquisitionnèrent dix mille de foin et six cents quartes d’avoine. Le maire, Charles-Joseph-Louis Renaud, fut gardé à vue pendant une journée par vingt-cinq soldats autrichiens.
Du 7 juillet à mi-septembre 1815, après la défaite de Waterloo, la commune logea 7'942 hommes (cavaliers bernois, troupes royalistes de Louis XVIII conduites par le comte de Montrond, etc.).
Le 25 janvier 1871, Le Russey accueillit les débris de l’armée de Bourbaki (70'000 hommes) pendant cinq jours, par un froid de moins douze degrés et une couche de 20 centimètres de neige.

En 1906, la commune connut à nouveau une période fiévreuse lors des inventaires et de la loi de séparation de l’Eglise et de l’État. Le 11 février, le curé donna connaissance de la lettre adressé par le directeur des domaines et, le lendemain, les gendarmes chargés de l’application de la loi, se trouvèrent en face de 500 hommes groupés devant l’église, tandis que femmes et enfants priaient à l’intérieur et que la grosse cloche sonnait à toute volée. Disputes, bagarres de boules de neige amenèrent l’arrestation de trois " meneurs " : Lucien Renaud, des Marchands, Adelphe Boillon et Edmond Mesnier, conduits à Montbéliard où on les condamna à des amendes et à des peines de prison (respectivement 16, 20 et 50 jours). L’inventaire avait été remis. M. Chapuis, percepteur de l’enregistrement, démissionna. Le dimanche 4 mars, le curé réunit à la sacristie MM. Châtelain, maire Burnequez, adjoint, et plusieurs autres pour étudier les moyens de résister. A huit heures du soir, trente hommes amenèrent cinq voitures de madriers de sapin, deux voitures de poutrelles de fer et….. une forge ! On dressa une barricade protectrice à l’intérieur de l’église avec deux arcs-boutants.

Tout le mobilier de l’église fut transporté chez des particuliers, M. Victor Taillard emportant le chemin de Croix. Puis les défenseurs s’organisèrent : c’était " Fort Chabrol " ! Après avoir blindé la sacristie, disposé des piques de fer derrière les vitraux et entassé des provisions, les hommes attendirent " les soldats français ". Alertés par le tocsin et le bruit de ces préparatifs, une troupe de 300 soldats et de 40 gendarmes préféra éviter l’affrontement, d’autant plus qu’on avait accroché sur la façade de l’église une planche avec cette inscription : "Si vous voulez du sang, commencez ! La liberté ou la mort ". L’attente s’éternisa, des tours de garde s’organisèrent du 7 mars au 12 mai. Finalement, l’inventaire se déroula à la sauvette le 10 décembre 1906.

En raison de l’altitude, la principale activité économique du Russey est l’élevage. Le cheptel n’a cessé de croître, passant de 402 bêtes à cornes en 1688 à 1'117 en 1795 et à 2'651 (dont 1'143 vaches) en 1980. La proximité des comtés de Valangin et de Neuchâtel (Suisse) a favorisé de grandes foires qui se tenaient les 6 mars, 9 mai, 1er octobre et 7 décembre, ainsi qu’un marché hebdomadaire le vendredi. La première fois annuelle et le marché sont des concessions accordées par le roi Philippe II d’Espagne le 16 octobre 1589. Le nombre des foires passa ensuite à trois (6 mars, 9 mai et 1er octobre) au début du 17ème siècle et à quatre au 18ème siècle malgré les protestations de Saint-Hippolyte qui voyait baisser le chiffre d’affaires des siennes. On y vendait surtout des chevaux, du bétail rouge et du bois travaillé : planches lattes et objets des boissellerie (" barilles et seilles, récipients de toutes tailles ").

Pour contribuer au peuplement du Russey, Louis et Jean de Neuchâtel avaient  en outre accordé des franchises dès 1344.

Un des handicaps du village était assurément le manque de cours d’eau. Néanmoins, dès 1400, un moulin captait l’énergie motrice d’un ruisseau naissait au Narbief et se perdant dans les seignes. Mais il ne pouvait satisfaire tous les besoins des habitants qui purent aussi aller moudre dans le moulin du Bois à Montbéliardot.Les rigueurs climatiques freinèrent aussi le développement de cette importante bourgade : années de grand froid (1709 et surtout 1809 où tous les arbres gelèrent) ;grêles de 1686, du 5 juillet 1904 et du 31 mai 1913 ; importantes chutes de neige qui empêchèrent de baptiser les enfants en février 1731 ; année de grande sécheresse (1893). S’y ajoutèrent des épizooties (de 1740 à 1746) et des invasions de sauterelles en 1729 et le 5 juillet 1872 où ces incestes s’abattirent aux Tourniers, aux Rondeys et jusque dans le village lui-même, au point que " les chemins en étaient couverts et les prés ravagés ". Trois gros incendies jalonnent aussi l’histoire du Russey : le 13 janvier 1639 lors du passage des troupes de Bernard de Saxe-Weimar, 25 août 1705 et 17 septembre 1760, faisant chaque fois de gros dégâts à l’église et détruisant plusieurs maisons.

L’importance des forêts eut elle aussi une incidence sur l’économie. Le moulin de la Seigne comportait une scierie que le feu détruisait en 1880. Le relais fut assuré par la scierie des Oudots acheté en 1900 par Alphonse Gaume. Cet établissement avait été construit dans une ancienne tannerie que MM. Oudot et Isabey avaient transformée au 19ème siècle en la dotant d’une machine à vapeur. Après l’électrification, l’activité s’accrut et la scierie employait trente ouvriers lors de son incendie en 1913. M. Gaume s’associa alors avec M. Alfred Faivre-Pierret, marchand de vins en gros, pour monter une nouvelle usine à l’entrée du bourg. Par souci d’économie, la machine à vapeur utilisée n’était autre qu’une locomotive détournée de sa fonction première. La scierie actuelle emploie 14 personnes et travaille annuellement 13'000 m3 de sapins et d’épicéas.

Comme dans les montagnes suisses, autrichiennes et de la Forêt Noire, les longs hivers étaient propices à l’horlogerie artisanale qui nécessitait tout à la fois ingéniosité et habileté manuelle. Ainsi naquirent des paysans - horlogers au 18ème siècle et peut-être même dès la fin du 17ème siècle. Cette activité était une occupation d’appoint pour certains mais devint rapidement pour le métier principal pour d’autres. En 1886, Le Russey ne possédait pas moins de quinze fabricants d’horlogerie : Julien Bouvet, Eugène Buliard, François Cheval, Les Girard, Les Joliot, Paul Seguin, etc. L’électrification réalisée en 1895 permit le développement d’autres ateliers tenus par les familles Cuenin, Girardin, Pretot et Richard. A la fin du 19ème siècle, Charles Girardin, du hameau des Jean Chevaux, inventa une machine qui effectuait automatiquement les levées de cylindre. Il mourut en 1908 et ses fils poursuivirent la production de roues de cylindre jusqu’en 1911, date à laquelle un incendie détruisit leur entreprise. Mais, en 1923, Léon Girardin, l’un des fils, reprit l’horlogerie, créa un atelier, rue de Morteau au Russey, qui fonctionna jusqu’en 1957 dans un cadre purement familial. Henri Cuenin était originaire de Bonnétage où ses frères Alexis et René continuèrent à exploiter leur propre atelier. Son usine, à la Combe au Rang, n’abritait que dix ouvriers mais il recouvrait aussi à une importante main-d’œuvre féminine qui travaillait à domicile. Il chargeait lui-même sa production dans sa calèche pour aller la livrer en Suisse. Les frères Gustave et Charles Pretot, au hameau des Jean Chevaux, travaillèrent d’abord " sur la fenêtre " de leur ferme. Mais, en 1905, devant l’abondance des commandes, ils achetèrent deux maisons sur le quai à M. Gaume pour y développer leur production. En 1914, les Pretot employaient quelque 60 ouvriers et distribuaient du travail à domicile aux familles du Russey, de Bonnétage, des Fontenelles, de Charquemont, etc. Trois années plus tôt, Ernest Maillot et Emile Mougin avaient eux aussi construit leur propre usine en face de celle des Pretot. Elle produisit d’abord des ébauches avant de passer au montage complet de la montre. Ces montres, à échappement à cylindre, étaient conçues sans empierrage. Les boîtiers, après 1918, portaient les figurines des maréchaux Foch et Joffre. Les Pretot rachetèrent cet atelier en 1930 et le transformèrent aussitôt en usine de décolletage pour la fabrication de vis, de boulons et de pièces de petite mécanique. Vers 1918, Elie Clérian, natif de Gonfaron près de Toulon, attiré par Hippolyte Renaud, des Ecorces, s’installa au Russey. M. Trincano, directeur fondateur de l’école d’horlogerie de Besançon, l’incita à lancer la fabrication de l’assortiment ancre qui était inexistant en France et ce fut rapidement le succès puisqu’il dut construire un second puis un troisième bâtiment en 1946. Pour faire face à la concurrence, des fusions s’opérèrent : associations Pretot – Marguet en 1940, Clérian – Fresard en 1950, mais sans résoudre le problème de l’apparition de la montre à quartz et de la compétitivité japonaise qui ne vont pas tarder à déséquilibrer l’industrie horlogère comtoise.

Néanmoins, la tradition d’une main - d’œuvre de qualité s’est perpétrée. En 1986, les établissements Panchet fabriquent des baromètres, la société Cométor est toujours spécialisée dans les boîtiers de montres et l’usine Perrenond avec ses treize ouvriers est connue pour le polissage des métaux et de la bijouterie, sans oublier RLB orienté vers la micro-mécanique. Plus de 44% de la population active est employée dans l’industrie si l’on prend en compte les personnes qui travaillent à Morteau, Villers-le-Lac, Bonnétage et en Suisse.

L’agriculture est représentée en 1980 par 55 exploitations qui se partagent les 1'674 ha de surface agricole utile. La société coopérative de fromagerie produisait 230'000 kg d’emmenthal en 1971. Elle emploie aujourd’hui cinq personnes et travaille 4'500'000 kg de lait par an.

A côté d’un tissu artisanal très diversifié, Le Russey possède en outre deux médecins, deux vétérinaires, un pharmacien et un notaire.

© Famille Fesselet 2001 Dernière révision : 11 août,2011