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L’Apparition du F.L.J.

Le rassemblement Jurassien mobilise la jeunesse

En 1962 il y eut (aussi) l’affaire Cattin qui constitue un acte intolérable de discrimination linguistique. Ce député, qui devait être élu second vice-président du Gr. Conseil bernois a été évincé parce qu’en 1964, il eût accédé à la présidence. Or pour Berne il est inadmissible que, l’année de l’exposition Nationale, le premier personnage de l’Etat soit un Jurassien de langue française.

L’affaire Cattin, et l’affaire Berberat (pour échapper à tout ce qui fait l’infortune des minorités incomprises, les Jurassiens n’ont pas cessé de réclamer des arbitres. En 63, 20'000 personnes, dans une résolution, en appelaient " à la Confédération pour qu’elle rende justice au Jura et qu’elle mette fin à ce conflit séculaire en appliquant les principes du fédéralisme suisse ". Deux jours plus tard, le gouvernement bernois donnait sa réponse : il privait de son commandement l’officier Romain Berberat, qui avait, du haut de la tribune, défendu les droits des Jurassiens à l’extérieur. L’affaire Berberat fit grand bruit car notre compatriote s’était exprimé en civil et sans excès, la presse helvétique, quasi unanime, vit dans cet acte gouvernemental une atteinte à la liberté d’expression et aux droits constitutionnels du citoyen). Donc les affaires Cattin et Berberat ont fait l’effet d’un très mauvais vent soufflant sur le foyer rougi du séparatisme jurassien. A cela s’ajouta encore la goutte d’eau qui fit déborder le vase : le drame des Franches Montagnes. En même temps que l’affaire Berberat suscitait de gros remous d’opinion publique, un autre conflit plus grave encore et plus lourd de conséquences lointaines, dressait le Jura contre Berne. On sait que l’armée suisse éprouve des difficultés à faire admettre ses camps militaires, ses places d’armes et ses emplacements de tir aux populations des divers cantons.

Partout les population qui s’opposent à l’installation d’un camp militaire jugé nuisible obtiennent l’appui des autorités cantonales. Les Jurassiens, eux, n’ont pas de gouvernement et c’est pourquoi, profitant de la situation, les responsables de la Défense nationale décidèrent d’installer chez nous leur place de blindés. Ils conçurent tout d’abord le projet insensé de faire évoluer des tanks en plein milieu du plateau franc-montagnard, dans un site unique au monde ! et précieux entre tous. Ce fut un tollé dans la population, et c’est alors que le gouvernement bernois racheta les terrains récemment acquis par le Département militaire. Le canton de Berne, répétaient les conseillers d’Etat, veillera à ce qu’il ne soit pas disposé de ces domaines contrairement aux vœux des communes franc-montagnardes. Et puis le gouvernement cantonal subitement revendu les domaines des Franches-Montagnes au Département militaire fédéral, sans prendre l’avis des communes. Cette mauvaise action, le Conseil Exécutif bernois ne l’aurait jamais commise s’il avait eu le sentiment d’être le gouvernement légitime du Jura ; il n’eût pas accompli cet acte de vengeance contre une région qui compte encore 75% d’autochtones et dont l’ardeur jurassienne est particulièrement vive. Dans cette grave question, le Rassemblement jurassien n’hésite pas : il est aux côtés de la population des Fr.Montagnes. Il adopte, en toute matière, la position à l’égard des problèmes jurassiens qui, dans un canton libre est celle du gouvernement naturel.

Donc, ces 3 affaires (Cattin, Berberat, Fr.Montagnes) furent comme un mauvais vent. Et ce que l’on n’avait jamais vu en 15 ans d’une lutte souvent très vive s’est produit tout à coup par la faute du gouvernement bernois : un mouvement clandestin est apparu sous le nom de Front de libération Jurassien (F.L.J.). Mystérieux, insaisissable, il a passé à l’action illégale, mis le feu à des bâtiments de l’Etat, diffusé des proclamations et des communiqués. Les méthodes utilisées depuis 10 ans, sur le plan international, paraissent avoir fait école dans notre jeunesse, et la Suisse, qui n’avait plus connu le terrorisme depuis l’assassinat de Joseph Leu par les radicaux alémaniques en 1845, voit avec stupeur se manifester sur son territoire un phénomène qui s’appelle ailleurs F.L.N., F.L.Q ou porte on ne sait qu’elle appellation tyrolienne.

Au début mars 1963, le F.L.J. annonçait " qu’il interdisait à ses membres de faire partie du Rassemblement jurassien, mais qu’il le soutenait dans son combat pour le Jura ". Le R.J. prit acte de cette interdiction et publia aussitôt le communiqué suivant : " Le Comité directeur du R.J. a pris connaissance du communiqué publié par le F.L.J. , mouvement clandestin, décidé à lutter contre la domination bernoise (par n’importe quel moyen). Le R.J., mouvement autonomiste, rappelle qu’il est organisé sur une base démocratique, que son but, création d’un canton du Jura, est fixé dans ses statuts, que sa politique est pratiquée au grand jour par des organes dont les membres sont connus de tout le monde. Il agit par les voies légales.

Que des citoyens croient devoir maintenant s’écarter du R.J. et pratiquer une action clandestine, c’est le regrettable résultat d’une politique bernoise faites d’erreurs, d’abus et de mépris des aspirations jurassiennes. Le gouvernement cantonal, en refusant tout à la fois la discussion avec le R.J. et l’organisation d’un plébiscite dans le Jura, puis en menant une politique de représailles, porte seul la responsabilité de cette situation.

Le R.J. entend demeurer fidèle à sa ligne de conduite. Il continuera à lutter sans faiblesse, comme jusqu’ici, à toute discussion propre à résoudre la question jurassienne dans un esprit de justice confédérale ".

Le R :J. fait une œuvre positive et cherche, de toutes ses forces à grouper la Jeunesse du Jura pour la maintenir dans l’idéal et canaliser son énergie. Il a provoqué la naissance du Groupe Bélier où sont venus servir, en grande masse, des jeunes gens de tous les districts et de tous les milieux . Cette organisation parallèle, qui est en pleine croissance, cultive le patriotisme jurassien et se voue à des tâches pratiques qui correspondent au tempérament et au dynamisme de cet âge. Elle fait dresser un grand nombre de fiers mâts où flotte le drapeau jurassien dans plusieurs communes. Quand il le faut, elle provoque des défilés silencieux avec emblèmes et calicots ; elle cultive l’enthousiasme et son premier but, d’après Francis Huguelet (de Vauffelin malheureusement ) est de faire participer la jeunesse en grand nombre à la fête du peuple jurassien qui a lieu le 2ème dimanche de septembre. Le " Bélier " regroupe des jeunes jurassiens de 16 à 30 ans. C’est en 1962 que six jeunes patriotes venus de différentes régions du district se réunissent à Delémont et décident de fonder le Groupe Bélier. En quelques semaines, ce groupe réussit à créer des sections dans la plupart des localités du district de Delémont. Puis, peu à peu, le succès de ce groupe se répand dans tout le Jura et les jeunes citoyens qui le forment établissent un programme d’action. Pierre Beuret, technicien à Delémont, en devient le premier animateur principal. Ce groupe Bélier s’est manifesté depuis lors dans de nombreuses opérations (distribuent des tracts, se rendent à Berne et manifestent devant le Palais fédéral, ils participent en grand nombre au cortège de la fête du Peuple jurassien, ils manifestent leur esprit de solidarité avec les Francs Montagnard, menacés par une place d’armes en organisant une marche de protestation à Saignelégier – Les Breuleux, etc.)

 

Roland Béguelin

(Comment résoudre la question jurassienne ?)

" Depuis un siècle et demi, des hommes courageux se sont élevés contrer la tutelle que Berne exerce sur la minorité ethnique du Jura. Certes, le succès n’a pas toujours souri à nos pères. Aujourd’hui toutefois, le Jura dispose de forces qu’il n’a jamais connues dans le passé. Les diverses organisations autonomistes (Rassemblement Jurassien, Groupe Bélier, Association féminine pour la défense du Jura,(AFDJ), Association des Jurassiens de l’extérieur) sauront reconquérir l’autonomie jurassienne. L’Espoir est grand. La réussite dépend de notre volonté. "

Francis Huguelet

(Pourquoi je suis autonomiste, 1964)

Résumé : Buts du R.J.

  1. Affranchir le Jura de la tutelle bernoise par la création d’un canton du Jura au sein de la Confédération Suisse. Ce but peut être atteint, le cas échéant, par d’autre solutions.
  2. En outre, le R.J. défend les intérêts des sept districts du Jura. Il défend notamment le caractère français de la partie romande du Jura.

En plus :

En toutes circonstances, les membres du R.J. se doivent aide et assistance, et ils s’engagent à appliquer les uns à l’égard des autres, la règle de la solidarité, quels que soient leur milieu social, leur appartenance politique ou leurs convictions religieuses.

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Famille Fesselet révisé le 12.08.2011